Le milieu du printemps, c’est le moment de penser à la fin de saison. Les Dolomites sont une destination de vol très intéressantes pour l’automne. Un article écrit pour Aérial il y a 2 ans, mais toujours au goût du jour.

Avec ses magnifiques couleurs d’automne et son soleil réchauffant de ses rayons la dolomie, le nord de l’Italie est une destination rêvée pour terminer la saison en beauté. Le vert de la forêt monte à l’assaut des tours et citadelles de pierre jaunies par le temps, suspendues au dessus de la vallée. Le temps des orages est passé, place au vol.
En cette fin de journée une chaude lumière caresse de ses doigts magiques le rocher que nous remontons, profitant des derniers thermiques de la journée. Dans la face qui ressemble à s’y méprendre au calcaire de Chartreuse ou du Vercors grimpe une cordée tardive. Au relais leurs silhouettes se découpent parfaitement dans la limpidité du ciel de ce coin d’Italie, la corde pendant le long de la paroi haute d’un bon millier de mètres. Le salut d’usage lancé à leur hauteur ne trouve en réponse que son propre écho… La course contre le temps leur impose semble-t-il une concentration excluant d’office tout élément extérieur à leur progression. Continuant notre montée, nous voici maintenant au sommet de cette face, au bord du plateau. L’horizon s’ouvre soudainement, de nouveaux sommets apparaissent au fond de vallées précédemment insoupçonnées. Certains semblent tronçonnés, coupés net dans leur quête d’altitude. D’autres ressemblent à un billot malmené, déchiqueté par une hache acharnée. Derrière la balustrade quelques touristes profitent également des derniers rayons avant de prendre la benne qui les descendra dans la vallée. D’une douce sérénité, la masse d’air nous permet d’approcher au plus près et de jouer un instant autour de quelques têtes émerveillées. Ce soir certains vont rêver de s’envoler…
L’arrivée dans ce coin de paradis que sont les Dolomites, plus précisément la vallée du ‘val di fassa’, n’est pourtant pas une sinécure. Sur route, ces latins d’italiens ne semblent pas connaître l’existence du clignotant, du compteur de vitesse ou même de tout élément de régulation.
Passé le tunnel du Fréjus une vigilance de tous les instants est fortement recommandée. Ajoutons également des travaux pharaoniens entre Milan et Turin, ainsi qu’un trafic d’une compacité incroyable, et vous obtenez tous les ingrédients d’un trajet épuisant. Bien heureusement voici qu’après le lac de Garde se lève le relief, les vallées se creusent et l’imagination du pilote qui sommeille en chacun se réveille. Mentalement les brises se mettent en place, poussées par les échanges plaine montagne, les faces s’alimentent au grès de leur orientation ainsi que de l’heure de la journée, des transitions se dessinent dans le ciel. En fond de vallée les vergers lourds de pommes grassement rebondies s’ouvrent aux regards gourmands. La carte dans une main, un fruit dans l’autre, c’est entre deux bouchées qu’on entend les rares indications de direction, l’attention de chacun se portant à la découverte du relief à mesure que le véhicule se rapproche de sa destination. Au détour d’un coude de la vallée voici enfin des voiles, petits points noirs haut perchés dans le bleu du ciel. L’arrivée trop tardive interdisant tout espoir de thermique, direction l’atterrissage pour glaner des informations auprès des pilotes locaux. Hélas, point d’italiens mais plutôt l’impression que toute l’Allemagne s’est donnée rendez-vous en ce petit village reculé de l’arc alpin. Le pendant d’un site trop fréquenté est vérifié aussi en ce lieu, l’affluence étouffant toute tentative de communication. Les pilotes se posent avec les yeux encore emplis des images de leur vol, ils parlent de plafonds supérieurs à 4000m. Certains annoncent revenir de la Marmolada et entrent en grande discussion avec le pilote croisé au cours de la journée pour prendre connaissance de ses informations. Les discussions roulent, se déroulent, plus rien n’existe autour.
Une douce ambiance familiale plane dans la salle du restaurant. Le cuistot, habillé tout en dalmatien rouge tomate, vient taquiner épisodiquement le patron derrière son comptoir ou l’interpelle du fond de sa cuisine. La langue italienne emplie le fond sonore alors que seul un client, bavard, est accoudé au bar. La carte présente fièrement une liste de pizzas et autres pâtes aussi longue qu’incompréhensible. Les garnitures semblent bien maigres, 3 ou 4 ingrédients se perdent sur la ligne, traduits en allemand. Mais arrivées sur la table, quel délice ! Où l’on apprend que de la quantité ne dépend pas forcément la qualité. A l’extérieur la nuit tombe avec son compagnon le froid sur cette station de ski en mal d’hiver. Les larges rues aux trottoirs prévus pour la neige ne voient passer qu’une personne pressée, épisodiquement. Les sombres devantures des magasins affichent régulièrement un écriteau informant de dates, parlant de vacances. Les estivants ont fuit vers les villes, les remontées mécaniques se sont arrêtées pour raison automnale. Restent les parapentistes venus chercher en ces pics et falaises mythiques une arrière saison déjà évanouie en leurs régions. Sur le parking de l’atterrissage quelques utilitaires savamment aménagés se préparent à dormir aux côtés de camping-cars rutilants, l’ensemble de cette communauté affichant des provenances autant variées qu’européennes.

Le vario chante soudainement une musique haut placée dans les aiguës. La falaise, sur le côté, accélère rapidement, l’appareil affiche fièrement +7m/s. En ce mois d’octobre nous voici propulsés à 4000m, de quoi regretter amèrement d’avoir oublié la combinaison et tout l’équipement hivernal à la maison. Les compagnons de jeu s’évanouissent dans le bleu en direction de la Marmolada pour répéter le scénario du superbe film ‘Escape’, tandis que les pilotes au levé tardif se ramassent leurs voiles dans les mollets et changent précipitamment de décollage, la brise de Val Gardenna ayant gagné le conflit qui l’opposait depuis le matin à la brise du Val di Fassa. Le gradient de température est bien marqué, les thermiques montent vertigineusement, le tour de la vallée se fait facilement pour tout pilote habitué aux conditions généreuses. Chaque falaise bien orientée offre son lot d’ascendances, la lecture de la brise de vallée ne présentant pas de pièges particuliers. La recherche de la confluence au dessus de Passo Sella amusera plus d’un pilote. Celle-ci lui permettra de traverser ce col bien évasé sans perdre un mètre et de tutoyer les cimes, en pensant l’espace d’un instant avec une pointe d’amusement aux pilotes restés dans les brumes de l’hexagone. L’arrivée haut placé derrière le col Rodella permet d’avancer tranquillement, sans oublier de descendre de temps en temps se réchauffer dans les masses d’air inférieurs. Le vol est un mixte de ce qu’on trouve dans l’arc alpin français : de gros dénivelés, façon Dent de Crolles ou autres aiguille de Varan avec des logiques de masse d’air et de brises que l’on trouve dans les alpes du sud, à St André par exemple. Quant à la puissance des thermiques, la région ne souffre d’aucune comparaison pour un mois d’octobre avancé.
Les thermiques s’essoufflent, il est temps de penser à rejoindre les amis sur le décollage de fin de journée. Une longue glissade nous fait quitter les falaises pour rejoindre les mélèzes et autre conifères loin en bas, dans la vallée. Nous entrons progressivement dans la brise pour nous mêler aux autres voiles qui s’appuient paresseusement sur le dynamique d’une épaule boisée. Quelques allez retour dans la torpeur du soir et voici le moment du dernier plané vers la voiture à descendre pour les potes, la journée est finie. Les pizzas attendent pour se faire une beauté que la douche nous ait réveillés.
Un grand merci à l’ami Alex, compagnon de voyage agréable, ainsi qu’à Air Light Sport (Dudek) pour le matériel.