Vivre en star.
Je profite de la diversion créée par le posé des deux autres parapentes pour plier ma voile sur un coin d’herbe.
Trois militaires, kalachnikov en bandoulière, viennent me prêter main forte en me ménageant un petit espace vitale à grand coup de triques dans les mollets des spectateurs. Un quatrième harangue la foule amassée autour de nous avec un mégaphone. Je retrouve mes compagnons accompagnés de leurs escortes militaires respectives qui nous conduisent directement au poste de police pour deux heures d’explication. Je suis épuisé et tendu comme un arc : ils peuvent décider de nous confisquer le matériel ou de nous mettre à l’ombre, personne ne connait notre situation. Nous restons discrets sur les caméras embarquées en vol ainsi que sur les distances parcourues: inutile de favoriser l’ »espionnite aigüe » dans un pays en paix depuis seulement deux ans. Le commandant régional nous ayant donné son absolution, nous pouvons enfin goûter un peu de repos dans le seul hotel de la bourgade. Plus tardivement dans l’après midi, les copains décident de visiter les environs. Trois cents personnes se rassemblent rapidement autour d’eux et les suivent. Amusés par cette soudaine notoriété, ils en jouent et en rigolent, s’imaginant être des stars en tournée. La visite du marché les ramène rapidement sur terre lorsque leurs admirateurs se bousculent en renversant les étalages. Les femmes vendant leurs épices à même le sol voient des dizaines de personnes fouler leurs produits.
Ils reviennent précipitamment à l’hôtel où nous passons la fin de la journée enfermés, discutant avec les rares éthiopiens parvenus à tromper la vigilance des militaires chargés d’empêcher la foule d’entrer. Repos forcé mais finalement bienvenu, il faut recharger les batteries pour demain.

Le film de l’expé, par Guillaume Bellet, primé au festival du film d’aventure de Montréal et à la Coupe Icare, bientôt en ligne…
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