
Générateur de thermiques, maître de nos plus belles photos, compagnon de toutes nos balades aériennes, le soleil n’en est pas moins un ami dont il faut nous prémunir. Son action, si bénéfique pour notre organisme et notre environnement, n’en reste pas moins néfaste en cas d’abus.
Le rayonnement électromagnétique solaire balaie un large spectre, allant des ondes radios jusqu’au rayonnement cosmique en passant par les micro-ondes, la lumière visible et les rayons X. En traversant l’atmosphère il perd progressivement de sa puissance : les compagnons de voyage se séparent, la lumière blanche passe tranquillement la barrière douanière avec les infrarouges (IR) porteurs d’énergie, tandis que les ultraviolets (UV) sont triés. Les plus dangereux, les UV C, sont complètement bloqués par la stratosphère tandis que les UV B sont partiellement arrêtés, les UV A arrivent pratiquement tous jusqu’à nous.
Toxicité.
Les IR et la lumière visible ne présentent pas de danger pour l’homme mis à part les risques d’insolation dus à l’énergie véhiculée. Par contre dans la famille des ultraviolets chaque personnage occupe un rôle particulier. Les UV A sont responsables du vieillissement prématuré de la peau mais sont recherchés par les vacanciers pour leur capacité à faire bronzer. Les UV B sont plus nocifs car ils sont responsables des brûlures et provoquent une dégénérescence des tissus cutanés. Les UV C sont particulièrement dangereux mais bien heureusement interdits de séjours sur notre planète bleue. Il semblerait également que des mécanismes d’immunodépression seraient induits par l’exposition aux UV, ce qui faciliterait l’apparition de maladies infectieuses. Nous ne sommes hélas pas tous égaux devant cet agresseur puisque les personnes à phototype clair, ‘peau blonde’, seront plus facilement sujettes aux problèmes de cancers cutanés liés au rayonnement solaire. L’intensité du rayonnement reçu varie en fonction de l’épaisseur de l’atmosphère qu’il traverse avant de nous parvenir. Nous serons donc plus exposés près de l’équateur, vers midi plutôt qu’à 18h en sirotant notre boisson à la terrasse de l’atterro, un après midi d’automne. De même, en prenant 1000m de gain nous recevons 10% à 12% de rayonnement en plus. L’exploitation de thermiques avec des dénivelés importants n’est donc pas anodine. Il est intéressant de noter que sur la neige 70% du rayonnement est réfléchi alors que cette valeur s’abaisse à 15% sur une plage de sable sec. Même à l’ombre de notre voile nous sommes donc exposés au rayonnement solaire par réflexion sur les particules d’air et sur le sol, surtout si ce dernier est clair.
Un cancer sur deux dû au soleil en France !
Dans les méfaits du rayonnement solaire nous pouvons séparer deux grandes familles : les lésions immédiates et les problèmes cutanés se déclarant tardivement.
L’exposition aiguë provoque brûlures et photosensibilisations. Les érythèmes solaires, plus communément appelés coup de soleil ou brûlure du second degré, peuvent aller jusqu’à la formation de cloques et sont fortement corrélés au développement de mélanomes malins (type de cancer). Leur traitement portera sur l’application locale de produits tels que Biafine, Toleriane ou Epithéliale. Il est possible que l’état général soit également atteint : fièvres, insomnies ou frissons. La photosensibilisation est la conséquence d’une action simultanée du rayonnement solaire et d’une substance chimique appliquée sur la peau, ingérée ou injectée (médicaments, cosmétiques, parfums). On distingue alors une photo-toxicité qui s’exprime par un aspect de coup de soleil habituel sur les zones exposées et dont l’intensité de la réaction est identique à chaque reproduction, à la photo-allergie qui s’exprime chez des personnes à prédisposition naturelle (eczéma, urticaire) dont l’intensité de la réaction augmente à chaque fois qu’est reproduit l’association UV/produit chimique.
L’exposition chronique provoque un vieillissement cutané prématuré qui se manifeste 10 à 20 ans après l’exposition au rayonnement. La peau se tâche de couleur brune et perd de son élasticité. Les cancers de la peau apparaissent : les carcinomes s’expriment après 50 ans et sont, pour certains d’entre eux, directement liés à la quantité de soleil reçu depuis la naissance. Les mélanomes peuvent apparaître à un âge moins élevé, partant parfois d’un grain de beauté. Ils ont un caractère plus grave puisque pouvant déboucher sur des métastases.
En France près d’un cancer sur deux est dû aux UV*, ce qui fait du soleil le premier facteur de cancer de l’hexagone. Voilà pourquoi les mesures de prévention, si simples, sont rabâchées tous les ans en début d’été : c’est un problème majeur de santé publique. Porter de vêtements clairs, s’exposer progressivement au soleil et mettre de la crème solaire régulièrement sont des gestes qui devraient être aussi évidents que de se laver les dents. A noter que la meilleure protection est un vêtement, la crème ne protégeant pas complètement contre les UV. Elle devra donc présenter un spectre de protection le plus large possible, tout en sachant que ce n’est pas une garantie de protection absolue. Il semblerait que les UV A ne soient pas facilement stoppés en raison leur longueur d’onde importante. Par ailleurs, certaines préparations contiennent des composants se modifiant sous l’action du rayonnement solaire. C’est pour ces différentes raisons qu’il est recommandé de renouveler l’application régulièrement. Dans notre activité aérienne il est difficilement envisageable de s’arrêter pour étaler une nouvelle couche de crème. Il sera donc judicieux de s’aplatir une bonne couche sur le visage en massant longuement juste avant le décollage, au risque de paraître un peu palot. Le massage aura pour effet de favoriser la pénétration des molécules dans l’épiderme, lieu de stockage. Il faudra donc éviter de se frotter le nez en vol pour ne pas enlever la couche protectrice. Certains pilotes n’hésitent pas à mettre une casquette sous leur casque, solution peu esthétique mais très efficace. D’autres portent tout le temps un chapeau à bords larges dès qu’ils quittent leur casque, un tube de crème dans la poche pour renouveler l’application dès l’atterrissage.
Conclusion.
N’oublions pas que les UV sont nécessaires à la vie. Grâce à eux notre corps synthétise la vitamine B indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Mais dans notre code social actuel il est plus fréquent de voir des hyper expositions que des sous expositions. En espérant voler le plus souvent possible nous nous exposons à des doses d’UV relativement fortes, a fortiori pour les professionnels. Faisons en sorte que celles-ci ne nous soient pas trop nocives en nous protégeant correctement.
A suivre : protection occulaire.
Sources :
Agence Française de sécurité de l’environnement et du travail,
Organisation Mondiale de la Santé,
Ecole Nationale de Ski et d’Alpinisme,
Le journal du CNRS: une frontière à protéger.
Tags: physiologie, protection, soleil