Proprioception (partie 2/2)

pausé à Lalibela, EthiopieLes risques.

Un atterrissage un peu long et vous voici à sauter le ruisseau qui borde le terrain. Les deux pieds en avant, vous heurtez un peu violemment la contre-pente qui borde ce cours d’eau. Malheureusement pour vous une de vos chevilles vous fait bien mal, mais vous arrivez à marcher. Le choc n’a pas été trop rude ; les os ont tenu le coup mais les surfaces articulaires ont bien souffert… C’est la contusion des surfaces articulaires par choc direct. Les réflexes étaient présents, mais l’impact était tellement bien aligné dans l’axe des membres inférieurs qu’ils n’ont pas eu besoin de se mettre en route. Pas ou peu de lésions péri-articulaires. Il va falloir s’armer de patience pour attendre la cicatrisation qui sera très longue. Les cartilages étant peu ou pas du tout vascularisés, le carburant de la cicatrisation mettra beaucoup de temps à accéder au chantier.
Vous trouvez que le vent est un peu fort et décidez d’appliquer cette fameuse technique du gonflage de face. Malgré une bonne gestuelle, vous êtes un peu rouillé en ce début de saison. La voile gonfle, vous embarque du mauvais côté par rapport au sens de rotation du demi-twist et vous forcez fortement sur votre jambe d’appuis en tournant. Celle-ci fait entendre un claquement fort et très douloureux, vous avez certainement abîmé un croisé et/ou un ligament latéral de votre genou. Le mouvement fut très rapide et l’intensité trop forte ; les réflexes de posture n’ont pas réussi à contenir toute l’énergie déployée et ont été pris à défaut. Vous voilà parti pour un parcours médical qui va vous faire découvrir notre bon vieux système de santé… Il faut diagnostiquer le degré de lésion et la localisation précise de celle ci pour vous proposer le traitement approprié. Nous pouvons ainsi aller de l’entorse simple à la rupture ligamentaire avec, peut être, des lésions associées, d’ou les examens éventuels que le médecin peut demander, si cela lui semble nécessaire.
Vous venez de faire un magnifique cross et vous êtes vaché dans un champ… de vaches. La voile en bouchon vous dégagez rapidement, un taureau s’intéresse à vous d’un peu trop près (c’est vécu !). Mais vous ne faites pas attention et marchez de travers sur une grosse motte de terre. Votre jambe se dérobe sous votre poids, vous entendez distinctement un craquement et une douleur à la limite du supportable vous envahit depuis votre cheville. Vous êtes par terre et j’espère que le taureau ne s’intéresse plus à vous… Vous êtes victime d’une belle entorse de la cheville. Vous étiez engourdi par le froid et l’absence d’activité musculaire, votre attention était attirée par un autre sujet : vos réflexes de posture ont été pris à défaut sur un mouvement qui est habituellement facilement ‘rattrapable’ et qu’on pourrait très bien retrouver en marchant dans la rue (le trottoir…). Ils ont laissé filer la cheville et celle-ci s’est retenue sur la première barrière de protection qu’elle a trouvé, en l’occurrence les ligaments.

Prévention.

Vous l’aurez compris, la vigilance musculaire est primordiale. Celle-ci est servie par le réflexe postural qui met en jeu des systèmes neuromusculaires complexes. Comme nous l’avons décrit dans le billet sur la préparation physique, la qualité de l’état physique de chaque personne est un facteur important dans l’optimisation de ce mécanisme de protection. Paradoxalement dans notre activité assez peu physique, la sécurité repose sur des qualités athlétiques et de coordination réelles. La première chose à faire est donc d’arriver en forme pour voler.
solution-pour-chevilles-volnatureIl est habituel de voir sur les décollages des pilotes avec des attelles de genou, voir de cheville. De même que pour le ‘strapping’, il est important de connaître les avantages et inconvénients de ces contentions. Il sera effectivement important de se munir de ce genre d’attribut, au demeurant fort élégant, lorsque la personne a besoin d’être soulagée d’une douleur importante. C’est le cas lors de la phase inflammatoire d’un traumatisme, par exemple. L’objectif est alors antalgique. Il est également possible de s’en équiper dans un but de prévention et de protection, mais c’est alors beaucoup plus discutable. Les avantages sont réels dans la mesure où la contention est suffisamment solide. Mais si le strapp date de plusieurs jours il n’a plus aucun rôle de protection. Le même raisonnement s’applique aux chaussures montantes. La tension sur la peau va donner une fausse impression de sécurité et ne retiendra en aucun cas la cheville si celle-ci voit son réflexe de protection pris à défaut. Celui-ci sera d’autant moins pertinent que la personne s’est habituée à sa contention mécanique, les mécanismes proprioceptifs se plaçant alors en sommeil s’ils constatent que quelqu’un d’autre fait le boulot à leur place. Sur le long terme il est également préjudiciable de s’affubler d’une attelle. Celle-ci va instaurer en effet des mécanismes d’information afférente (montante) qui utiliseront les voies nerveuses lentes. Les réponses corporelles en seront d’autant plus retardées, le risque d’entorses d’autant plus élevé. En favorisant ces voies d’information le corps favorise cet informateur au détriment du plus rapide et diminue grandement ses performances. Mais alors il ne faut pas de chaussures montantes ? Peut être… Celles-ci présentent le grand avantage de protéger la cheville contre les agressions directes, comme les pierres qui roulent. Elles rappellent aussi que nos chevilles sont fragiles. Mais ne sont pas forcément la panacée. Si la cheville est laxe naturellement, si des douleurs ne sont soulagées que par une paire de chaussures très serrées, si vous avez besoin de chausser les crampons, si votre terrain de décollage est couvert de neige… oui. Mais il est aussi intéressant d’avoir un chaussage qui ne soit pas montant pour garder un confort de marche, une bonne appréhension du sol, une respirabilité supérieure, etc… En sollicitant régulièrement les mécanismes de protection de la cheville, au quotidien, ceux-ci sont obligés de maintenir un niveau de vigilance suffisant. Ils seront donc peut être moins surpris, à stimulus équivalent, que si la chaussure est montante. L’autre argument que pourront objecter les partisans de la taille basse sera que nous ne portons pas forcément toujours des chaussures montantes. Et les (trop) fameux trottoirs n’attendent pas que nous soyons bien chaussés pour se glisser traîtreusement sous nos pieds.

A chacun sa solution

Le milieu du vol-libre n’aime pas aborder les sujets médicaux… Peut être une façon de ne pas regarder ce qui risque d’arriver à tous. Toujours est-il qu’un minimum d’informations peut permettre à chacun de trouver une réponse adaptée à sa pratique. Alors pour ou contre la chaussure montante ? A chacun de trouver la réponse qui lui convienne. L’adepte de vol-montagne aura peut être besoin d’une chaussure différente pour traverser les pierriers. Beaucoup de pros font le choix de la taille basse, privilégiant certains facteurs par rapport à d’autres. Certains pilotes de la Réunion volent même en tongues !
Quant à la proprioception, au risque de se répéter, n’oublions pas que le vol libre est aussi un sport. Comme tout sport il est nécessaire d’avoir une bonne condition physique, et donc de se préparer ; sujet évoqué dans le numéro précédent.
Vous n’êtes pas seuls… à l’heure du renouvellement de votre licence vous pouvez en discuter avec votre médecin, au moment de la visite médicale nécessaire au certificat médical par exemple.

Merci à Hubert Bigot, médecin fédéral FFVL, médecin de l’équipe de France parapente, pour sa relecture attentive.

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