hydratation: soif de voler.

« Il faut boire pour vivre et non pas vivre sans boire, sinon c’est dégueulasse. » P.Desproges.

Le printemps est là, l‘anticyclone est revenu, les jours de congés sont arrivés à point nommé. La pluie s’est évacuée depuis quelques jours, laissant un joli ciel de traîne et les vols se sont succédés. De grosses journées hier et avant-hier, le retour en stop n’était pas toujours facile, souvent tardif. Mais aujourd’hui les conditions en vol sont excellentes. Voici le premier gros thermique, allez, sur la tranche! Il faut en profiter, demain le vent de sud arrive et la tempête est sur nous dans deux jours. Tous les pilotes se sont donnés le mot, le ciel est bien chargé. Ma tête est un peu lourde et j’ai des courbatures aux abdominaux à force de voler, mon épaule me fait bizarrement mal bras hauts. Dans mon champ visuel des points scintillent par moment. Au bout de quelques transitions c’est le coup de barre, l’impression de voler à côté de ses pompes. La voile fait ce qu’elle veut, je subis plutôt que je n’agis. Il y a quelques instants j’ai manqué de provoquer une collision, je crois que le mieux est de prendre la direction de l’atterro…

atterrissage raté

atterrissage raté

Voici en résumé les conséquences d’une mauvaise hydratation après plusieurs jours de pratique. En vol libre le pilote est soumis à plusieurs facteurs déshydratants: l’altitude, le vent, l’ensoleillement, le froid (si, si !) et le stress. Indirectement, la perspective de devoir interrompre son vol pour uriner peut inciter le pilote à ne pas boire suffisamment. La température dans laquelle nous évoluons ne favorise pas non plus la prise de conscience d’une déshydratation : le froid n’est classiquement pas associé à la soif. Quelque soit le niveau technique et la durée de nos vols nous sommes tous concernés.

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Vol en Belledonne, transition du Grand Colon depuis Chamrousse.

Les pathologies pouvant apparaître à plus ou moins long terme sont les suivantes:
Accidents musculaires et tendineux au décollage ou à l’atterrissage: crampes, claquages, tendinites en vol ;
Mauvaise irrigation des petits vaisseaux sanguins: risque d’engelure pendant le vol, courbatures le lendemain ;
Accroissement de la température interne ;
Augmentation du travail cardiaque ;
Difficultés fonctionnelles urinaires (calculs);
Problèmes digestifs ;
Difficulté de concentration, fatigue, envie de s’arrêter.
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T’as vu ta tronche ?

Le problème de la déshydratation se posera lors d’une pratique qui se déroule sur plusieurs jours. A la journée, le pilote ne verra pas de différence si ce n’est une grosse soif le lendemain au boulot, voir un bon mal de crâne. Par contre lors d’un stage, d’un voyage, d’une compétition il faudra s’attacher à surveiller son hydratation pour profiter pleinement de son séjour. En amont, la préparation physique a un rôle primordial. Sur le moment c’est l’hydratation qui devient prédominante.

Pré du Four avec Belledonne et les Grandes Rousses en fond.

Pré du Four avec Belledonne et les Grandes Rousses en fond.

Les moyens de surveillance nous donnent des indications mais celles-ci arrivent souvent trop tardivement. La sensation de soif n’est pas un indicateur fiable de par son évolutivité : c’est une sensation qui change d’une personne à l’autre et avec le temps. Un autre indicateur est plus pertinent : la couleur et la fréquence des urines. Foncées et rares, la déshydratation est présente. Claires et fréquentes, l’hydratation est normale. Cet indicateur permet à posteriori de se surveiller et, à force, de mieux se connaître pour anticiper. Ne pas attendre d’avoir soif doit être une règle d’or pour tous sports, surtout dans nos activités ‘outdoors’.
Concrètement, le pilote volant moins de deux heures n’aura pas à mettre en place de stratégie lourde pour conserver une hydratation normale : un trajet en voiture ou une séance de cinéma peut facilement dépasser cette durée sans provoquer de désagréments. Il faudra pour autant s’attacher à bien boire en fin de journée pour compenser les pertes liées à l’environnement fréquenté. Il serait judicieux d’éviter, avant le vol, les boissons diurétiques du genre café, thé, bière qui vont augmenter le travail d’élimination de l’eau par les reins et donc générer un besoin de miction dans un délai court, donc potentiellement pendant le vol… De même, lors de soirée arrosée il faudra boire suffisamment d’eau pour réapprovisionner les stocks. Les solutés énergétiques et de réhydratation employés lors de gros efforts d’endurance ne sont pas indiqués en vol libre et ils entraînent une production abondante d’urine. Attention ! l’alcool provoque une déshydratation marquée. L’habillement, quant à lui, doit permettre l’évaporation corporelle tout en protégeant l’organisme des variations de température ambiante.
Les pilotes de cross devront être plus vigilants. Lorsque nous nous préparons à dormir il ne vient pas à l’idée d’ingurgiter des quantités importantes d’eau… Tandis qu’au réveil une boisson est souvent bienvenue. De même en vol libre, il pourra être intéressant d’effectuer un compte à rebours jusqu’à l’heure supposée du décollage de façon à éviter de boire trop dans les deux dernières heures. Au cours du vol, boire de petites quantités d’eau permet de compenser les pertes dues au vent et à l’effort, voire à la chaleur lors de points bas. Après le vol et la bière de l’atterro, il faudra reconstituer les stocks et s’appliquer à boire de façon importante.

Beaufortain, Pierra Menta.

Beaufortain, Pierra Menta.

Miction en plein vol…

Reste le problème de l’envie impérieuse de la miction en plein vol… Grave dilemme qui scella le sort de nombre de cross. Le froid ayant la fâcheuse influence d’augmenter cette sensation de vessie pleine. Les hommes ont deux solutions : soit se mettre debout dans leur sellette, pendus par leurs cuissardes, et se soulager de façon plus ou moins aisée, soit se munir d’un équipement trouvé en pharmacie, une sorte de préservatif (Pénilex) muni d’une tubulure, pour évacuer discrètement l’urine sans changer de position. Les femmes n’ont d’autres solutions que la couche. Certains pilotes n’attendent pas d’avoir envie pour vider leurs vessies, partant du principe qu’à cause de la concentration le besoin de miction arrive déjà trop tard, lorsque la vessie est trop pleine et donc difficilement ‘vidangeable’ en totalité.

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Etienne joue avec sa voile, Cormet de Roselend, Beaufortain.


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Mieux vaut prévenir.

Nombre de pilotes pleurent encore le cross du siècle perdu à cause d’un simple besoin physiologique ou d’un mal de crâne persistant. La simple attention apportée à ce ‘facteur hydratation’ pourrait éviter cette mésaventure à la saison prochaine : à chacun d’anticiper ce problème en éduquant ses sensations pour voler sereinement.
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