La logique des extrêmes
Je propose aujourd’hui de partager les quelques astuces que j’utilise en parapente pour gérer les fonctionnalités de ma boite à image, j’entends par là les programmes ‘experts’ de l’appareil photo réflex numérique. N’hésitez pas à proposer d’autres astuces facilitant la vie du pilote-photographe, si vous en avez sous le coude. Ces programmes ‘experts’ se retrouvent sur les réflex et les bridges, mais aussi sur certains compacts. Pour mieux comprendre ce qui va suivre il est indispensable de posséder les bases de la gestion de la vitesse, de l’ouverture et l’impact que nous en avons sur la profondeur de champs et sur la qualité de l’image en fin de traitement. Pour cela il est possible d’aller voir le très bon cours d’absolut-photo.
Pour rappel la photo en parapente n’est pas une activité anodine et requière des compétences, tant au niveau du pilotage que de la connaissance de son matériel photo. Voir photo en parapente: débuter pour les détails.
Au sol: l’indispensable.
Avant de voler effectuons donc un pré-réglage des différents programmes:
La sensibilité est souvent réglée sur 200 iso, ce qui ne nous pénalise nullement en terme de qualité mais qui nous fait gagner de la vitesse, minore les risques de flous et plus généralement nous donne plus de latitude dans nos choix techniques. Si les conditions de lumière sont faibles nous pouvons monter à 400 iso, à l’occasion d’un vol du soir ou lorsqu’un voile d’altitude masque le soleil.
Le programme ‘priorité ouverture’ est réglé sur l’ouverture maximale. Ce sera notre programme par défaut en vol. Il nous permet d’obtenir la plus grande vitesse possible pour la lumière du moment, ce qui est fort utile lorsqu’on voit dans quelles conditions nous sommes amenés à déclenché la plupart du temps : poignet cassé, retourné dans la sellette, penché en avant jambes écartées, en virage avec la commande en dragonne, en thermique, voir en wing! Nous évitons ainsi autant que possible le plus grand ennemi de la photo en parapente, le flou de bougé.
Le programme ‘priorité vitesse’ sera quant à lui réglé sur la plus petite valeur disponible, de façon à profiter de la plus grande profondeur de champs. Cette valeur est définie par la règle de l’inverse de la focale. En photographie ‘normale’, donc en situations relativement stables, il est communément convenu qu’il ne faut pas faire descendre la vitesse de déclenchement en dessous de l’inverse de la focale de l’objectif utilisé. Exemple: si je veux prendre une photo au 200mmm (téléobjectif) je ne dois pas descendre en dessous de 1/200ème de seconde en vitesse, au risque de générer un flou de bougé ( en supposant que mon sujet soit relativement immobile). Sachant que notre support est par définition instable, nous pouvons nous baser sur cette règle que nous majorerons pour pré-régler la priorité vitesse.
Il peut sembler intéressant parfois de régler le boitier en sous-ex d’1/3 lorsque les conditions sont particulièrement lumineuses et que la cellule risque de se fourvoyer dans sa mesure. Cela dépend beaucoup du degrés de luminosité du sol. D’autre part les photos prises en raw offrent des fichiers natifs ayant bien plus de détails et donc plus de latitude de travail au traitement que le jpeg.
En vol: on complète.
Les programmes ‘experts’ étant réglés au moment de la prévol, en fonction des conditions de lumière ainsi que de l’objectif monté sur notre boitier, nous pouvons nous mettre en l’air, ça devient intéressant.

Ethiopie: enrouler, cadrer, déclencher... merci les hautes vitesses.
Nous avons donc placé notre boitier en priorité ouverture de façon à le laisser nous proposer la plus grande vitesse. Au moment de prendre une photo nous allons dans un premier temps choisir la bonne focale pour ensuite effectuer notre composition. Le boitier est optimisé pour éviter au maximum les flous. Nous allons ensuite, dans la mesure du possible, prendre connaissance des informations de la cellule pour corriger éventuellement l’ouverture du diaphragme de façon à obtenir le compromis le plus approprié à ce que nous cherchons… si notre sujet n’a pas déjà disparu! Un compromis? Et oui, il nous faut avoir en tête la profondeur de champs, les risques de flou de bougé mais aussi les performance du cul de bouteille vissé sur notre boite à image. Sachant que chaque objectif a ses performances propres mais que dans l’ensemble nous avons souvent des performances optimales autour de f:8.
Mais alors, à quoi sert d’avoir pré-réglé la priorité vitesse? Imaginons la photo classique, en transition. Nous allons chercher à obtenir la plus grande profondeur de champ possible, donc la plus petite ouverture, pour avoir notre premier plan net (le pote qui vol à côté) mais aussi le paysage lisible. Seule contrainte: la règle des tiers majorée, comme expliquée précédemment. Il nous sera bien plus facile d’afficher le bon programme du boitier en basculant directement en priorité vitesse que de tourner la mollette de l’ouverture jusqu’à tomber sur la bonne vitesse…
Autre situation: les conditions de lumière sont devenu plus difficiles, le soleil s’est voilé. Nous choisirons ce mode pour obtenir la plus lente vitesse possible. Si le boitier nous indique que nous en avons encore ‘sous le pieds’ nous pouvons nous permettre d’accélérer pour nous éloigner du risque de flou de bougé. Si, à l’inverse, le boitier refuse de déclencher puisqu’il ne peut pas ouvrir d’avantage le diaphragme, il nous faudra alors augmenter la sensibilité. Une belle gymnastique intellectuelle en perspective.
Les avantages
Préparer son boitier avant le vol va nous permettre de lui sortir ce qu’il a dans les tripes, bien plus qu’en affichant benoitement le programme ‘sport’. Ce dernier fait exactement les même compromis, mais sans nous laisser la main si nous voulons décaler un élément. Par ces petites astuces que je propose nous nous plaçons aux extrêmes pour ensuite revenir vers le compromis que nous aurons choisis, en partant d’un côté ou de l’autre.
En vol nous avons rarement le temps de vérifier ce que nous annonce la cellule, ça tombe bien, tout est déjà prêt! Et vous, quels réglages appliquez-vous?
Tags: parapente, photo aérienne
